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Reza

12/04/09 - 21:40 - Photographe du monde

Reza Deghati, ou plus simplement Reza de son nom d'artiste, est probablement l'un des photographes les plus reconnus de ceux qui parcourent la planète dans le but de témoigner de la folie, de l'horreur et de la beauté humaine. Il vient de sortir un livre qui puise des photos d'exception dans ses 30 années de carrière : "Entre guerres et paix : 30 ans de reportages". Il a aussi un album Reporters Sans Frontières sur son travail, et il exposait récemment au Mémorial de Caen ses plus belles photos accompagnées de textes qui ne peuvent laisser insensible un être humain. Nous avons pu le rencontrer à Paris à l'occasion de la sortie de son livre, et vous l'aurez compris, lorsque l'on parle à Reza, on ne peut que s'incliner devant la sagesse naturelle de cet ancien ami de Massoud.

 

Artefact Photo : Qu’est ce qui vous a plongé dans la photographie ?


Reza : C’était pour montrer aux autres ce que je voyais, pour m’exprimer, parce qu’avec les mots ce n’est pas facile, déjà parce qu’on ne parle pas tous la même langue. Donc, j’ai commencé avec la peinture, pendant un an ou deux, mais ça n’a pas marché. A 14 ans, j’ai vu un appareil photo pour la première fois, et j’ai su que c’était ça.

Est-ce qu’il vous arrive de faire d’autres types de photo que le photoreportage ?


Je ne fais pas de photoreportage, ni de photo d’art, de voyage, conceptuelle, animalière... je fais de la photo.

 

Petite fille afghane
Portrait d'une petite fille
Afghanistan, 2004

 

Poursuivez-vous un but personnel, une recherche spécifique dans votre travail ?


Oui, une recherche personnelle, comme tous les artistes. Tout travail est comme des phrases, des mots, comme un roman ! [« Comme un roman », nom de la librairie où a lieu la rencontre].

Préparez-vous les photos, les scènes, cherchez-vous à les influencer ?


Non, je ne fais jamais de photos montées, ce sont des histoires qui se passent devant moi. Je peux bouger, changer l’angle, etc, mais sans jamais influencer. La beauté du monde est suffisante.

Avez-vous déjà mis votre vie en danger pour une photographie spécifique, que vous vouliez prendre ?


Je ne mets jamais ma vie en danger, ce sont les autres qui mettent en danger ma vie !! De nombreuses fois j’ai eu peur pour ma vie, plus d’une centaine, en me réveillant en me disant que j’avais pensé ne jamais me réveiller.

Quelle a été votre plus grande frayeur sur le terrain ?


La plus grande frayeur, c’est la sortie des labos photos ! Mais il n’y a plus cela avec le numérique…

Travaillez-vous au numérique donc, ou toujours à l’argentique ?


Je fais des essais au numérique, [dit-il en sortant le petit appareil numérique de sa poche, qu’il garde pour être toujours prêt à saisir une scène se déroulant sous ses yeux].

Y a-t-il des sujets que vous rêvez de traiter ?


Tous les projets dans ma tête à finir, continuer, travailler sur la condition humaine. Pour moi tout représente la vie, je m’intéresse à la vie, à la beauté, la poésie ; la guerre est une action contre cela, il faut que cela s’arrête un jour.

 

Fillette à Sarajevo
Fillette à Sarajevo
Reza trouva cette petite fille en pleine guerre à Sarajevo, vendant ses jouets de Noël pour pouvoir nourrir sa famille.

 

Quels sont pour vous les grands chantiers à mener pour la liberté de la presse dans le monde ?


Répandre les outils de l’information chez les locaux, aider à former des milliers de journalistes, d’écrivains, dans les pays pauvres. Pour cela il faut faire trois choses : une formation sur les nouveaux médias (ordinateurs, etc.) ; les aider pour des projets de films, de médias, de journaux dans leur pays ; et enfin les aider à être indépendants pour qu’ils ne dépendent plus de notre aide.

Des projets ?


Finir un film et un livre, sur un voyage avec mon fils, de Paris à Pékin, en train, pendant deux mois. J’avais promis à mon fils, Delazad, quand il avait 8 ans, de faire avec lui un grand voyage, ensemble, à deux, quand il aurait 15 ans, pour combler les absences et les manques dans mon rôle de père. Nous avons donc fait ce voyage, et je prépare des films pour France 5 et National Geographic. Mon fils Delazad a fait un blog sur ce voyage : www.achildhoodpromise.org.

Interview par Camille Guézennec le 12/04/09 - 21:40

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