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Bruno Bisang photographie les courbes féminines comme peu d'artistes savent le faire. Il recherche du charme et de la féminité dans ses modèles, parfois très célèbres à l'image de Monica Bellucci ou Claudia Schiffer. Si vous ne connaissez pas encore son travail, vous avez certainement déjà vu de ses photos de mode dans de célèbres publicités. Il nous explique ici ce qu'il cherche à photographier, et nous parle un peu de la condition de vie et de la recette d'un photographe à succès tel que lui.
Artefact Photo : Peux-tu nous parler un peu de toi, quels étaient tes premiers pas en photographie et ce qui t'a fait devenir qui tu es aujourd'hui ?
Bruno : Ma mère et mon père sont suisse-allemands mais ils ont décidés de déménager dans la partie italienne de la Suisse quand mes frères et soeurs et moi étions très jeunes. C'était plutôt bien de grandir avec deux langages. Nous parlions Suisse-allemand à la maison, et Italien à l'école.
J'étais inspiré par les films néo-réalistes italiens des années 50 et 60. Dans la ville où j'ai grandi, il y avait un cinéma à côté de la boutique où ma mère travaillait. A dix ans, j'étais trop jeune pour y aller. Mais il y avait toujours ces images dperehors et quand je les regardais, je ressentais quelquechose de très fort et je savais que je voulais faire quelquechose dans ce sens.
Mais je ne savais pas exactement ce que cela pouvait être. Au début, je m'intéressais aux films et à la télévision et on m'a dit que pour ce domaine, il serait bien que je fasse de l'apprentissage en photographie. Finalement, je suis resté dans la photo parce que je savais que j'avais trouvé ce que je recherchais.
J'ai tout de même effectué quelques travaux pour la télé et les publicités, mais ce n'était pas mon truc. Pour ces choses, vous travaillez toujours avec une grande équipe de 20 ou 30 personnes. J'appréciais plus la photographie, avec laquelle vous avez une plus petite équipe et un environnement de travail plus intime.
Quelles sont tes inspirations et tes motivations pour travailler ?
Ce n'est pas un boulot. C'est une passion. C'est ce qui fait toute la différence. Vous ne le faites pas toute votre vie pour recevoir une retraite parce que vous ne voulez pas arrêter. Vous le faites jusqu'à votre mort. Vous créez en permanence et c'est une aventure. Vous shootez le matin et vous ne savez pas ce que vous avez tant que vous ne l'avez pas vu le soir. Parce que vous travaillez avec des êtres humains et pas des machines, il y a toujours quelquechose de nouveau et de différent.
Qu'en est-il des célébrités que tu prends souvent en photo ?
Avec les célébrités, cela peut-être difficile car elles ont probablement un certain look et elles ne veulent coller qu'à ce look. C'est important de les faire se sentir bien et confiantes. En premier lieu donc, je fait seulement ce qu'elles veulent. Plus tard, je suggère différents maquillages et coiffures. Parce que j'ai acquis leur confiance, elles suivent habituellement mes idées.
Que cherches-tu à capturer chez tes modèles ?
Mon but est d'essayer de sortir quelquechose qui n'est pas évident du modèle. J'ai besoin de capturer un moment spécial. Peut-être la fragilité ou le doute par exemple. Autrement vous avez juste une photo ennuyeuse. Ce n'est pas quelquechose que vous pouvez spécialement apprendre et je ne saurais dire comment je le fais. Je vois juste un moment spécial et je déclenche.
Tu photographies souvent des femmes latines...
En général, elles sont plus sensuelles dans la manière dont elles s'expriment. Bien sûr, l'endroit où j'ai grandi a influencé ma manière de ressentir cela.
Ces femmes sont aussi très souvent dénudées. Te fixes-tu une limite dans ce que tu montres en photo de nu ?
Il y a une ligne vraiment fine et délicate qu'en tant qu'artiste, je n'ai pas envie de franchir. Cela commence avec le respect que j'ai pour le modèle. Je ne veux pas que la femme se résume à un objet. Je veux créer quelquechose qui ne soit pas vulgaire et dont elle puisse être fière. Une personne faisant du porno ne peux pas réellement en être fier.
Peux-tu nous décrire ton style personnel ?
La force de mon travail est de créer beaucoup de sensualité et de féminité. La femme sera forte et fière. Sexy aussi, bien sûr, mais c'est le fait de faire ressortir avec succès la sensualité d'un modèle ou d'une célébrité qui me rend célèbre.
J'aime le noir et blanc parce que c'est plus éternel. Lorsque vous shootez en couleur, cela peut déjà sembler vieilli en 2 ou 3 ans seulement.
Quelques photographes peuvent rendre le processus très technique et complexe. Mais la photo finale ne dépend pas de la qualité de l'appareil ou du nombre de lumières utilisées. La photographie dépend de l'émotion. Vous pouvez réaliser une bonne photo avec une seule lumière.
Quel est le rythme de vie d'un photographe tel que toi ?
J'apprécie la liberté de ne pas avoir un boulot classique de 9h à 17h. Je suis chanceux d'avoir travaillé durant 30 ans de manière indépendante. Je choisis où je vis, quand je vais au lit, quand je me lève le matin. Je suis sérieux avec mon travail, mais je suis libre de le faire comme je veux.
Comment devenir un photographe de renom aujourd'hui ?
C'est très, très difficile pour les personnes jeunes qui veulent percer. Il y a tellement de compétition et le monde a changé si rapidement ces 10 dernières années. Avant tout était pellicule et aujourd'hui tout est numérique. Aussi, les clients ont tellement de choix qu'ils ne sont plus aussi loyaux à un photographe avec qui ils ont déjà travaillé. Ils vous utiliseront peut-être un ou deux ans et vont ensuite chercher le prochain nouveau truc. Je ne voudrais pas avoir 30 ans à nouveau parce que je ne vois tout simplement pas comment une personne commençant maintenant peux travailler indépendamment 30 ans comme je l'ai fait. Ils devront définitivement avoir un grand talent et ne pourront pas travailler en Suisse car le marché est trop limité.
Le problème est que le marché recherche toujours de nouvelles choses. Et quand vous êtes jeunes, il est naturel que vous cherchiez à émuler le travail des photographes que vous aimez. Mais cela n'ouvrira pas les portes pour vous. C'est vraiment important de trouver votre propre vision et de travailler sur cette vision. Vous devez apporter quelquechose au marché que vous seul pouvez produire. Vous n'aurez pas cela en tant que jeune photographe, car c'est une évolution qui ne vient qu'avec le temps.
As-tu des projets qui vont voir le jour bientôt ?
Un livre d'art de Polaroids retraçant 30 ans de photographie.
Merci Bruno !
Toutes les photographies présentes sur cette page sont la propriété de Bruno Bisang.
Interview par Pierre_G le 01/04/09 - 19:08
Source : Site internet de Bruno Bisang
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