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Alain Borjon

08/12/08 - 11:54 - Photographe amateur de studio / extérieur

Alain Borjon, 63 ans, est passionné par la photographie depuis plus de 40 ans. Très sensible à la féminité, il ne travaille aujourd'hui qu'avec des modèles. Il nous livre ici son rapport aux personnes qu'il prend en photo, et sa méthode travail depuis son passage de l'argentique au numérique.

 

Comment et pourquoi as-tu commencé la photographie ? Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

 

Alain : J'ai eu une passion pour la photo assez jeune, vers 15 ou 16 ans. Cela m'a rapidement intéressé, non pas par son côté artistique, mais d'abord parce que la photo laisse une trace, un souvenir.

Entre 15 et 20 ans, je prenais quelques photos avec l'appareil de mon père, c'était du noir et blancc'. Puis à 20 ans, j'ai acheté mon propre appareil, un Kodak Instamatic. J'utilisais des films couleur. Quelques années après, j'ai découvert le noir et blanc : un ami m'a montré comment développer un film et faire un tirage. J'ai tout de suite adoré le fait de tout pouvoir faire soi-même. 3 ou 4 ans plus tard, je m'achetais mon premier Reflex, un Yashica. A partir de là je me suis réellement investi. Mais toujours comme un loisir, jamais en tant que métier. Je photographiais des scènes de rue, des paysages... J'ai vite eu un grand intérêt pour les photos de personnes. Même si j'ai un peu touché à tout, aujourd'hui quand je fais le bilan, ce qui m'attire le plus en photo, c'est l'être humain.

 

Copyright Alain BorjonCopyright Alain Borjon

 

Comment s'est passé le passage de l'argentique au numérique ?

 

En argentique, j'ai d'abord utilisé des films 24-36, puis il y a une dizaine d'années je suis passé au moyen format. Il y a environ 3 ans je me suis équipé de mon premier boitier numérique, et j'ai utilisé les deux formats (argentique/numérique). Comme je souhaitais conserver le même niveau de qualité, j'ai fait toute une formation liée au numérique. Aujourd'hui, je fais des choses différentes, mais j'en suis satisfait. Je fais mes propres tirages numériques. Comme avec l'argentique, je fais tout moi-même.

 

As-tu beaucoup de photos derrière toi ?

 

J'en ai des milliers. En argentique, j'en prenais 1500 à 2000 par an, maintenant, avec le numérique un peu plus forcément, mais je ne sais pas combien. J'ai deux disques de 300 Go pour stocker mes photos.

 

Tu disais que tu travaillais principalement avec des modèles aujourd'hui... Comment organises-tu ton travail, ou plutôt ta passion ?

 

Je travaille sur des projets, des idées ou des thèmes. Je prépare à l'avance mes photos, pour avoir une série cohérente. Ensuite, si c'est en extérieur, je pars en repérage pour trouver des lieux, ensuite je contacte des modèles, et enfin je passe à la prise de vue.

Je me mobilise sur chaque étape.

D'abord la réflexion en amont, pendant laquelle je cherche les idées. Puis la prise de vue, la sélection des photos et les tirages. Je travaille une étape à la fois. Cela me permet de rester concentré.

Ces séries de photos me servent à réaliser des expos qui comprennent environ une trentaine de photos.

Depuis 4 ans, j'ai un site web qui me permet de montrer ce que je fais. Mon site est précieux pour moi, il me permet quelques contacts avec des modèles, mais ça m'a permis aussi d'autres contacts intéressants. Ils ne sont pas nombreux, mais sans le site, je ne les aurais jamais eu !

 

Copyright Alain BorjonCopyright Alain Borjon

 

Maintenant au numérique, tu utilises Photoshop pour retoucher tes photos. Qu'est-ce que le passage au numérique a changé pour toi de ce coté là ?

 

Mon utilisation de Photoshop est similaire à celle que j'avais en argentique, avec plus de possibilités toutefois. Je ne transforme jamais la personne. Je fais seulement quelques embellissements.

Je retrouve le même mode opératoire, les mêmes réflexes. J'ai fait du labo noir et blanc pendant fort longtemps et aujourd'hui j'avoue avoir un peu perdu la « foi ». Avec le labo numérique et Photoshop, j'ai retrouvé un grand plaisir et de l'enthousiasme. C'est bien de pouvoir commencer à retoucher une photo, tout enregistrer et fermer, puis reprendre le lendemain au même endroit que la veille !

 

Quel est ton mode opératoire, devant ton ordinateur, après la prise de vue ?

 

Une séance dure environ deux heures, produisant environ 200 photos. En argentique, j'allais rarement au delà de 70 photos.

Après une séance, je sélectionne en plusieurs fois et plusieurs jours les photos qui me paraissent intéressantes, et je les classe dans un dossier (sur le même principe qu'avec les planches contact en argentique). A partir des photos sélectionnées, je fais mon choix définitif, et il n'en reste souvent que 4 ou 5.

Pour chaque photo que j'envisage d'exploiter, je me pose quelques questions : Sera-t-elle en noir et blanc, en couleur, où sont les hautes et basses lumières, comment renforcer son impact visuel... En argentique, je faisais la même chose. Il y a un vrai travail de réflexion sur la photo finale. Le tirage est complémentaire à la prise de vue pour obtenir l'image souhaitée, c'est capital.

Puis je me met aux travail : courbes, niveaux...

 

Comment choisis-tu tes modèles ?

 

Au feeling. Je cherche des modèles qui ont des choses à exprimer. Il faut que le personnage dégage quelquechose. Je la rencontre, on échange, j'essaie de connaître ses projets, de voir si le courant passe... Je choisis aussi souvent des modèles avec qui j'ai déjà travaillé plusieurs fois.

J'explique donc mon projet au modèle, pour être bien en cohérence, ça augmente les chances de réussite.

Ce qui m'intéresse aussi, c'est le bout de chemin fait ensemble, la confiance qui fait que le modèle se laisse aller. J'aime bien les voir évoluer. Au début, on s'observe, la séance suivante, on se parle et on échange plus, puis la troisième séance, elle montre des aspects plus cachés de sa personnalité. Ces aspects, cette nouvelle façon d'agir, permettent d'aller plus loin dans l'expression grâce au rapport de confiance et à la complicité. C'est surtout vrai, d'ailleurs, avec des modèles débutants.

 

Copyright Alain BorjonCopyright Alain Borjon

 

Comment cadres-tu tes photos, qu'est-ce que tu veux montrer ?

 

Je n'ai pas vraiment de règle, ça dépend de ce que je veux montrer. Pour le nu par exemple, je suis un photographe assez « pudique », et je ne montre que rarement le visage.

J'attache de l'importance aux regards des femmes sur mes photos et j'ai souvent des remarques positives. Elles attachent beaucoup d'importance au respect de la femme, à sa mise en valeur.

 

Pourquoi ne prends-tu que des photos de femmes ?

 

Quand on prend des photos, on y met beaucoup de soi. Je crois que j'aime les femmes et la féminité. Elles sont si différentes, l'élégance naturelle, la séduction, la beauté... J'aurais du mal à faire des photos d'hommes. Je suis souvent contacté par des hommes, mais je donne toujours une réponse négative, car je ne saurais pas communiquer, je me sentirais mal à l'aise.

 

Sur tes photos en extérieurs, les décors sont souvent délabrés, hors du temps... Pourquoi ce choix ?

 

Dans mes photos en extérieur, c'est un peu un décalage entre la féminité et le lieu, où l'on sent aussi que c'est très masculin. Cela permet également de renforcer la féminité.

 

Cette féminité, on la retrouve dans toutes tes photos... Où puises-tu ton inspiration ?

 

Dans mes photos en général, il y a un fil conducteur. C'est la séduction naturelle, que j'aime observer au quotidien. Il m'arrive de prendre du temps et de regarder les femmes dans leurs diverse activités. J'observe ainsi des scènes où il y a beaucoup de féminité et de séduction, j'essaie de les remettre en scène.

 

Merci Alain !

Interview par Pierre_G le 08/12/08 - 11:54

Source : Site internet d'Alain Borjon

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